Des thrillers ?
Quel plaisir d’en écrire ! A condition de…


Confidences à l’usage des accros du frisson


Si j’ai pris le temps avant d’écrire mon premier thriller, c’est pour trois raisons.

D’abord, c’est un genre qui obéit à une discipline de fer. La légèreté que je distille dans un soeur Blandine n’y a pas sa place. L’humour n’y est autorisé qu’à petites touches pour rebondir brutalement. D’un bout à l’autre du récit, l’atmosphère doit y être constante ; pas question d’en changer sous peine de discordance. Et l’histoire, crescendo, a l’obligation d’évoluer vers une révélation bétonnée. Bref, le thriller accorde ses faveurs à condition qu’on se plie à ses lois. C’est un peu comme le code la route : du moment qu’on le respecte, on peut aller là où on veut… Voilà pourquoi, décidé à l’explorer, j’ai vidé des flots d’encre avant de m’engager dans cette voie (« Cent fois sur le métier.. »).

Ensuite, le thriller ne se contente pas d’une illumination. J’ai souvent dit que je ne pouvais expliquer la genèse d’un de mes livres. Au moment où je m’y attends le moins, une idée me vient subitement sans que j’aille la chercher. Dans mon esprit, en trois secondes l’histoire défile à rebours. En clair, elle m’arrive par la fin avant de remonter vers ce qui la justifie : « Il s’est passé ceci parce qu’il y a eu cela. » L’ennui est que le thriller en exige davantage. Lui ne se satisfait pas d’une bonne fin, il la veut exclusive ! Et c’est aussi pourquoi j’ai autant attendu : il m’en fallait des uniques !… Par chance, Mister Conscience et Natures Mortes m’ont sollicité avec leurs différences.

Enfin, je l’avoue sans complexe : je refusais d’écrire « à la manière de ». Ce n’est pas de l’orgueil, non, c’est un besoin de créateur. Les auteurs ont du mal à le dire : ce sont des artistes. Et un artiste digne de ce nom fait preuve d’originalité. Il travaille son style, il cultive son ton. Autrement exprimé, il s’empare d’un territoire. Pour ma part, j’ai tenu à ce que mes thrillers ne souffrent d’aucune comparaison. Outre des intrigues novatrices, je les ai assaisonnés d’une recette personnelle : la vérité du conteur et celle du lecteur. Dans chacun de ces romans le dénouement est logique. Mais puisque je les truffe de pièges, il est permis d’en douter... A vous d’en décider.

Au résultat, ai-je gagné mon pari ? Je l’ignore, éternel insatisfait. Loin d’être de l’humilité, c’est une maladie. Comme un jazzman en quête de « la note bleue », je cours après la phrase de cristal. La démarche est peut-être utopique, mais, de livre en livre, elle fait avancer. Que l’on m’encense, qu’on me déteste, que mes romans soient jugés bons ou mauvais fait partie de la règle du jeu. Chaque fois qu’il publie un nouveau titre, un auteur sait qu’il recevra des fleurs et boira du poison. Peu importe, l’essentiel est qu’il soit toujours pris par la rage d’étonner. Dieu que cette rage était au rendez-vous quand j’ai écrit mes thrillers !... Et ça, nul ne peut me le contester.

Ah ! Un mot sur Archipoche. Des inédits en poche, à moins de 8 €, imprimés lisiblement sur un papier de qualité, ça vous surprend ? Eh bien vous avez tort : le monde change, il faut savoir s’adapter. Et c’est ce que j’ai fait, pas peu fier d’inaugurer cette collection qui permet au lecteur de s’offrir un livre sans s’angoisser pour ses impôts.

Mister Conscience. 371 pages. Septembre 2006. Prix LGM/Lire 2007

Bruges. A quelques jours de la procession annuelle du Saint-Sang, un serial killer sème l’effroi dans la cité. Philippe Daysvat, chargé de l’enquête, croit devenir fou : dans des cauchemars prémonitoires, il voit les victimes se faire tuer à l’identique de la réalité. Mister Conscience, un Noir surgi de nulle part, lui livre la clé de ses songes : Philippe est le seul à pouvoir démasquer l’assassin. Dès lors, de pièges en courses-poursuites, entre paranormal et science, sorcellerie et logique, commence pour Philippe un chemin de croix vers la vérité. Et lorsqu’elle éclatera, il sera forcé d’en admettre la terrible cruauté. A moins que…

Natures Mortes. 338 pages. Novembre 2007

Deux hommes enchaînés se réveillent. L’un d’eux doit mourir, mais lequel ? Angoissés, ils se souviennent... Tout démarre par le pillage d’une chapelle, le troisième, mais cette fois il y a eu meurtre. Flora Régnaud, de l’OCBC, découvre que cette affaire est liée à un trafic de faux tableaux. Puis aux disparitions d’artistes libanais. Ceux-ci s’évaporent sur la Butte Montmartre après avoir rencontré un golem. Surnaturel ou supercherie ? Pour Flora il s’agit d’un règlement de compte : œuvres morbides, trente-six toiles de Joachim Debbas ont été retrouvées au Liban. Peintre maudit, assassiné, qui cherche à le venger ? La réponse viendra du désert. Enfin, presque… ?

Philippe Bouin. Les thrillers ? Quel bonheur d'en écrire ! A condition de... Confidences à l'usage des accros du frisson... Mister Conscience. Natures Mortes

 

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 .Désolé, mais je manque de temps pour répondre aux courriers personnels.





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