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Préambule :
Deux ans avant la sortie de Da Vinci code
(j'expliquerai pourquoi je me réfère à ce titre), Flammarion a publié
Stone sous la direction de Raphaël Sorin - grand personnage de l'édition,
promoteur de Houellebecq et d'auteurs à succès- qui y croyait beaucoup.
Quand Raphaël parle, dans son bureau ou devant un micro, on se tait et on
l'écoute. Je n'ai pas failli à la règle - plutôt stupéfait - lorsqu'il m'a
prédit : "Philippe, votre livre dérange, le thème est unique, c'est de la
dynamite servie par une écriture vive. Je fais le pari qu'il dépassera les
100.000 exemplaires." Sur ce (après d'autres compliments que je tais),
Raphaël m'a proposé d'ajouter un sous-titre : Le cercle des initiés.
"Il s'applique au sujet", l'a-t-il défendu. Il avait raison, j'ai acheté
l'idée. Mais avant de poursuivre, voyons de quoi traite ce livre, coup de
coeur de la Fnac, salué par la critique ...
De nos jours...
Forcé de se reconvertir, Louis Vival, biologiste de formation, travaille
au percement d'un tunnel du métro parisien.
Élevé dans la foi catholique, Louis, gagné par le culte de la science, est
devenu athée. Judith, sa compagne, est juive pratiquante. Tolérants, et
surtout amoureux, ils vivent sereinement leur différence.
Mais il y a un mais : Louis, le mécréant, est le Lecteur annoncé dans les
écrits, celui qui doit lire et porter aux Hommes le message de JE. C'est
maintenant que doit s'accomplir la prophétie, la Terre est à la moitié de
son terme. Apparu il y a cinq milliards d'années, le Soleil s'éteindra
dans cinquante millions de siècles. Le temps est venu de terrasser le
mensonge.
Mystère...
Pourquoi aujourd'hui ? Qui est JE et pour quelle raison a-t-il choisi
Louis ?
C'est la question que se posent les initiés de deux camps adverses, tapis
dans l'ombre depuis des millénaires.
Les Frères de la Lumière, dont maints livres sur Israël mentionnent
toujours l'existence probable, se soumettent sans discuter. Les grands
prophètes sont sortis de leurs rangs, leurs prédécesseurs ont écrit les
Manuscrits de la Mer Morte. Le rôle de la confrérie est de protéger l'élu.
Les Kittims, en revanche, n'ont de cesse de le supprimer. Sa présence
signifie que l'affrontement final, annoncé dans les textes de Qumràn, est
proche. L'enjeu est immense, celui qui gagnera la bataille imposera sa
volonté à l'autre. Pour les Kittims, il est capital que le Lecteur n'y
participe pas.
Pour l'instant, Louis ignore qu'il a été choisi et que, pour préserver sa
vie, des gens s'entretuent dans des combats d'une ampleur inouïe. Le
phénomène est tel que policiers et médecins renoncent à l'analyser.
C'est au fond de la terre, dans le tunnel qu'il creuse, que Louis a la
révélation de ses pouvoirs. Il croit devenir fou, mais non : il entend
bien des voix résonner dans la pierre. Des hommes, sortis de la
préhistoire, lui parlent dans une langue qu'il comprend. Et ils lui
révèlent qu'il est le Lecteur, qu'ils doivent lui remettre un fragment du
message de JE, que celui-ci l'accueillera après qu'il en aura réuni tous
les éléments. Ce n'est qu'au bout du voyage que lui sera révélé la
vérité...
Contre son gré, Louis, accompagné de Judith, se lance alors dans un jeu de
piste initiatique autant que meurtrier où, de Paris à Brocéliande, de
Carnac au Vaudois, du Caire à Tell el-Amarna, de Gaza à Nazareth, de
Jérusalem au Kenya, il rencontre des personnages mythiques, surgis de
leurs tombeaux, fuit des tueurs, des agents secrets, rencontre des
religieux de toutes confessions - juifs, yezidis, druzes, baha'is,
catholiques, coptes - unis pour l'assister. Sans oublier les scientifiques
et les philosophes qui se joignent à leur quête.
Avec eux, Louis explore les croyances humaines, ésotériques, religieuses,
extraterrestres, oppose, confronte, rejette, persuadé, qu'il est, d'être
le jouet d'une mystification.
Les morts se succèdent dans une course-poursuite infernale.
Les pierres parlent. Le message prend forme.
Mais Louis persiste à douter, à chercher une logique dans ce cercle de
sang.
Parviendra-t-il à comprendre ce qu'on attend de lui ? A ôter ses oeillères
? A dépasser les limites de la connaissance ?
Sur les cinq continents, c'est ce qu'observent de loin d'autres initiés :
sectaires du bayou d'Atchafalaya, princes du Vatican, animistes du pays
des Ldes, sages de Kerala, financiers de Zürich, chairmen de Palo-Alto,
shintoïstes membres du MITI...
Mais un homme, plus que tous, est attentif à son évolution : le Vieux des
Neiges, perdu au nord du Nord, sur la banquise de la Terre d'Erichsen.
Qui est-il ? Que garde-t-il ?
Quel rapport entretient-il avec JE ?
C'est ce que Louis doit découvrir.
A moins que... Du moins si...
La vérité réserve des surprises...
L'homme est un ornithorynque... Le fond et la rigueur :
Il est évident que mon livre sert une
intention. Rien n'y est gratuit, le moindre détail a son importance. La
fin est claire, surtout pour les femmes qui, lorsqu'elles l'ont lu, ne
manquent jamais de me remercier. Une libraire de Mâcon l'a même affichée
en partie.
Et c'est ici que j'explique la relation entre Stone et Da Vinci
Code.
Avant tout, je m'en débarrasse : Dan Brown a écrit un roman que j'ai pris
du plaisir à lire et, je l'ajoute expressément, dont je ne jalouse
aucunement le succès.
C'est sur le fond que je grimace, pour une bonne raison : l'épine dorsale
de son livre et du mien est la même, le rôle des femmes dans l'histoire de
l'humanité y tient une place prépondérante. Le reste diffère, nos trames
n'ont rien à voir l'une avec l'autre.
Le problème est que si je veux développer mes arguments, je suis obligé de
révéler la fin de Stone, exercice dommageable pour ceux qui auraient envie
de le découvrir. Cette réserve, cela va de soi, s'applique à Da Vinci Code
que certains n'ont pas encore ouvert.
Alors, faute du fond, je me contenterai de traiter de la rigueur.
Les critiques ont plu sur Da Vinci Code. Il contient des erreurs
grossières. C'est la rançon de la gloire, car s'il n'avait été un best-seller,
tout le monde s'en serait fichu. Et moi itou, mais voilà, Stone se situe
dans le même univers, et s'il n'est qu'un little-seller, il n'empêche que
je l'ai nourri avec soin, sans jamais trahir mes textes de référence.
Pour bâtir sa thèse, Dan Brown s'appuie sur une mystification, une farce
reconnue comme telle par son auteur. Tout le monde le sait depuis
longtemps, sauf Dan Brown qui l'érige en vérité. C'est son droit de
romancier. Hélas, ses lecteurs ne l'entendent pas de cette oreille. Venus
des Etats-Unis pour visiter les lieux où se situe l'action de Da Vinci
code, ils crient au complot, s'indignent et rouspètent quand on leur
répond que ce n'est que de la fiction, que tout est faux, qu'on ne peut
rien leur montrer. Et pour cause : l'oeuvre n'est qu'imagination, ce qui
me conviendrait si elle ne fourmillait d'éléments invérifiés.
Pour bâtir mes histoires, ma méthode consiste à noyer le faux dans le
vrai, mais un vrai sérieusement documenté dont je ne retiens que
l'essentiel. J'écris des romans et non des manuels. La charpente de Stone
est faite de cette matière.
D'abord, j'ai voyagé plus de 2000 fois en avion, ce qui m'a permis de voir
du pays et d'en parler.
Ensuite, pour la partie scientifique, je me suis souvenu de mes débuts
dans le monde des hautes technologies. Par parenthèse, ce qui suit est à
l'origine de mon livre. La société pour laquelle je travaillais fabriquait
des analyseurs de Fourrier. En deux mots simplistes, ces appareils servent
à capter et à mesurer les vibrations de tout ce qui peut bouger ou émettre
un son. Cela s'applique aussi bien au moteur d'une machine à café qu'au
fuselage du A 380. Le but est d'éviter que ça pète. Il se trouve que dans
les années 70, des chercheurs avaient découvert que certains minéraux
étaient dotés d'une "mémoire", que leur "résonance magnétique" pouvaient
(peut-être) nous livrer des témoignages sonores sur la préhistoire. Seul
un analyseur de Fourrier était capable de récupérer ces données.
Fallait-il encore savoir les déchiffrer. Le collègue et ami, expert
ès-Fourrier, qui m'initiait à son art, m'en avait parlé avec une passion
dévorante. L'homme et son discours m'ont marqué : je les ai pris pour
modèle dans la scène du tunnel. Un hommage...
Enfin, j'ai non seulement lu quantité de livres religieux, mais je suis
allé à la rencontre des dirigeants et des prêtres de nombreuses églises. A
Erevan, j'ai ainsi rencontré M. Aziz Tamoyan, "Président des Yezidis
d'Arménie et du monde entier." Un grand souvenir. Je me suis aussi
entretenu avec des curés, un rabbin, des Sunnites, des Chiites... Pour ne
pas les tromper, j'ai prié des cercles dits ésotériques de m'assister.
L'étude que m'a spécialement fournie Suzanne Arnaud, membre de la Société
Française d'Astrologie, m'a été précieuse. Pour la remercier, je lui ai
dédicacé Stone.
C'est sur ces bases, plus une touche de culture générale, que j'ai malaxé,
taillé, construit mon roman dont le fond (et là encore, je ne peux pas en
dire plus) s'apparente à celui de Da Vinci code.
D'un côté aucune rigueur, de l'autre un souci de vérité.
Quelle leçon dois-je en tirer ?
Sans doute, pour paraphraser Cyrano, que : " Dan Brown a du génie, et Da
Vinci est beau. " Péripéties d'un lancement :
Bis repetita, avec un coup de coeur de la
Fnac, des articles élogieux, une critique enthousiaste de Technikart sur
le Net (signée Audrey Diwan, toujours consultable) Stone n'a jamais
décollé. Son rayonnement s'est limité à des fanas qui se le repassent.
Sans omettre, j'ai trop envie de le dire, à des sectaires qui m'ont amené
des cadeaux parce que je savais qui était l'Elu. L'un d'entre eux est même
venu prier près de moi pendant une séance de dédicaces.
Pourquoi ce loupé ?
L'origine du problème est humain. Avant la sortie de Stone, Flammarion a
été racheté. S'en est suivi un tremblement interne. Pour qui, comme moi,
connaît la vie des entreprises, il n'y a pas de quoi s'affoler. Mais, dans
une maison d'édition, productrice d'idées, c'est différent : on se pose
des questions sur la ligne éditoriale, sur les repreneurs qui risquent
d'en modifier l'esprit.
Bref, on s'occupe de l'avenir et on néglige le présent.
De plus, à l'époque, les journaux avaient réduit leurs rubriques
littéraires. Les conséquences du 11 septembre remplissaient leurs pages,
les attachées de presse passaient leur temps à se justifier. L'une d'elles
me l'a même avoué.
Alors, en résumé, et avec le tact qui s'impose, personne ne s'est soucié
de la promotion de Stone. Même pas de mon bon à tirer couvert de rouge,
des coquilles n'ont pas été enlevées en dépit de mes corrections.
Sur ce, Raphaël Sorin a démissionné.
Et moi, j'ai changé d'éditeur dans l'indifférence générale.
Philippe Bouin avril 2005.
Des thrillers ? Quel
plaisir d’en écrire | presentation |
Philippe Bouin Contacts professionnels uniquement, presse, éditeurs, salons et libraires : misterbouin@orange.fr .Désolé, mais je manque de temps pour répondre aux courriers personnels. |
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